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Philippe Sers : « Je suis un enfant de la Paillade »

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Philippe Sers est un monument du sport héraultais. Pendant 34 ans, comme un signe du destin, le commentateur de France Bleu Hérault aura donné son cœur et ses tripes pour faire vivre les plus beaux exploits sportifs du département. Entre émotion et anecdotes, cet homme passionné et profondément humain s’est confié à Football Club 34. Retrouvez ce vendredi la deuxième et dernière partie de cet entretien…

<< LA PREMIÈRE PARTIE DE CET ENTRETIEN >>

Philippe, parle-nous de ce métier de commentateur radio. Tu as connu une époque rêvée…
Ce métier a été extraordinaire. J’ai connu un temps où nous avions le privilège d’être proches des acteurs. Avant, trois minutes après la fin d’un match, tu te retrouvais dans un climat de confiance et d’échange avec un sportif qui s’en était pris plein la gueule pendant une heure et demi, dans un vestiaire qui puait le camphre à côté d’un mec qui n’était pas passé sous la douche et qui était maculé de boue et de sueur. Et bien ce sportif-là, il te parlait avec le ventre, avec les émotions. Aujourd’hui, il te parle avec la tête.

Tu es nostalgique de cette époque ?
Concernant ces moments-là, beaucoup. J’avais beaucoup de lien avec les sportifs de haut niveau. Il faut remettre les choses dans leur contexte. Lorsque j’ai démarré en 1984, il n’y avait que le Midi Libre et moi pour parler d’eux. Une proximité s’était créée entre les sportifs et moi. Non pas parce que j’étais bon ou pas, ce n’est pas le débat, mais parce que j’étais unique. Humainement, j’ai vécu des choses incroyables. On pouvait presque interviewer les joueurs sur le terrain, c’était une autre époque mais ça s’expliquait aussi par le fait que l’exploit n’était pas banalisé comme aujourd’hui. En 2018, tu n’as pas le temps de réfléchir, de te poser. Il faut aller de plus en plus vite, c’est une nouvelle mécanique de travail. Mais j’ose espérer que mes confrères auront autant de rigueur à l’avenir, car c’est ce qui nous permettait de gagner le respect et la confiance des sportifs. Si un joueur est nullissime sur un match, de quel droit j’irai le dire à l’antenne ? En revanche, j’ai ce devoir d’honnêteté de dire qu’il n’est pas bon. La nuance est importante. Aujourd’hui, tout le monde parle, tout le monde a un avis. Mais plutôt de dire qu’il est nul, il faut s’interroger sur les raisons de sa mauvaise performance, pourquoi il serait de bon ton qu’il quitte le terrain. Mais pour cela, il faut y être sur le terrain, il faut discuter de temps à temps et savoir que ce joueur a une rage de dent depuis deux jours ou qu’il a des problèmes chez lui. Aujourd’hui, on n’a plus le temps pour cela.

Quel est ton rapport avec la Paillade ?
Je faisais partie de ces centaines de supporters qui posaient leur mobylette le long de la Butte et qui grattaient un billet pour assister au match de football. Même si je n’y suis pas né, je suis en enfant de la Paillade. J’ai vécu tellement de choses. Il y a ce match à Bucarest en Coupe des coupes. J’avais commenté l’intégralité du match un mercredi après-midi avec Loulou. Il ne voulait pas aller dans la loge et était venu commenter avec moi. Et puis il y a ce match de Manchester, il y avait un peu plus de 50 000 auditeurs de Nîmes à Carcassonne, 25 taxis étaient portes ouvertes devant la gare de Montpellier pour suivre le match. Comme il était différé, beaucoup de gens écoutaient, on m’entendait dans les rues. Je me souviens aussi d’une finale de Pro B en rugby entre Pézenas et l’ASPTT Paris. Le maire de Pézenas avait installé des hauts parleurs dans toutes les rues du village. Toutes ces choses sont arrivées parce que la radio avait sa place. Le transistor sur le frigo pendant que maman regarde Michel Drucker, c’est fini. Les gens n’écoutent plus la radio dans leur bagnole, la mécanique a été modifiée. Je suis passé pile poil dans cette génération où nous avons réussi à écrire une très belle histoire.

Depuis ton départ de France Bleu Hérault, de nombreuses voix se sont élevées pour te soutenir. Que répondrais-tu à toutes ces personnes ?
Ce qui me vient soudainement à l’esprit, c’est que tous ces gens-là sont aussi ceux qui étaient là quand j’ai été contraint de lâcher mon micro pendant dix mois il y a quelques années. Tous ces témoignages de sympathie que j’avais reçus à ce moment-là, comme ceux que j’ai reçus dernièrement lorsque j’ai été contraint une nouvelle fois de laisser le micro, je les ai reçus avec beaucoup d’émotion et de chaleur. Mais également, de manière un peu plus égoïste, comme si je m’étais adressé pendant des années à tous ces gens-là sans jamais savoir combien ils étaient, et qu’au moment où je laissais mon micro sur la table, je voyais toutes ces petites lumières qui étaient devant moi et me soutenaient. J’aurais voulu continuer, les choses ont fait que ça n’a pas été possible. C’était un vrai crève-cœur d’arrêter. Mais je compte bien rebondir très vite. J’ai eu des liens très affectueux et très complices avec des tas de gens pendant des années. J’avais l’impression d’être leurs yeux et de défendre l’Hérault, aujourd’hui, ça me manque. Un jour, quelqu’un m’a dit : « tu me saoules Sers, tu me mets une ruche dans la tête à chaque fois que je t’entends. Mais je dois bien te reconnaître une chose, c’est que tu fais tellement rire ma femme que j’ai fini par t’écouter et rire avec elle ». C’était un magnifique compliment.

Pour terminer, peux-tu nous donner deux anecdotes marquantes ?
Pour la première, c’est l’une des seules fois où j’ai pleuré en 34 ans. Quand j’étais dans les coursives d’Old Trafford avec Loulou, il m’a mis la main sur la nuque et m’a regardé en me disant : « mon Sersou, tu te rappelles où on était, tu te rends compte où on est. » C’était un moment magnifique, tellement intense. Et la deuxième, c’était au lendemain d’un super match que Montpellier avait gagné à Bollaert. En rentrant de Lens, je m’étais dépêché d’aller à Magalas pour commenter un match de Coupe de France contre Colomiers en étant assis sur le toit du stade. C’est tout ce que j’aimais. Ce métier-là, à 57 piges, j’aurais voulu qu’il dure deux ans de plus. Certains ne l’ont pas voulu mais je ne veux surtout pas être aigri. J’ai passé 34 années formidables, je le dois à minima aux auditeurs et aux acteurs qui m’ont fait.

Photo : MHSC

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